TEXT CODETEXTE CODE
TITLETITRE
CARACTERS N°CARACTÈRES N°
Lorsque Barcelone ravit à Paris l'organisation des jeux olympiques de 1992, cette victoire signifiait pour la ville l'opportunité de se désenclaver et de repenser son développement.
■ Recréer une façade maritime
La décision de concentrer sur le territoire communal l'essentiel des constructions olympiques tient d'une stratégie voulue de redéploiement. En premier lieu s'inscrit la volonté de retrouver une façade maritime au lieu de, cette mer absente parce que masquée par des constructions ou barrée par un faisceau infranchissable de voies. « Notre objectif fondamental, indique Oriol Bohigas, ancien responsable de l'urbanisme au sein de la municipalité, est d'organiser un quartier maritime c'est-à-dire ouvert sur la mer, avec des plages. » Pour y parvenir il fallait éliminer une ligne de chemin de fer, aménager la circulation en enterrant une partie du « Cinturon
del litoral» le périphérique barcelonais et modifier les réseaux d'assainissements. L'ancien quartier industriel de Poble Nou, sur une frange de 5 km s'étendant du parc de la Citadelle au rio del Besos, fait place au village olympique avec ses 2 000 logements (15000 athlètes sont attendus) doublés de bureaux et autres commerces; au nouveau port de plaisance équipé d'un centre de congrès et d'un complexe hôtelier; plus au nord, à une succession de jardins menant aux plages. Pour conduire les travaux, la ville a délégué à VOSA (Village Olympique Société Anonyme) la maîtrise d'oeuvre des acquisitions foncières, des expropriations et de la réalisation des infrastructures sur une zone d'environ 130 hectares dont 30 sont affectés à des bâtiments d'habitations. A cet organisme, entièrement financé par la municipalité, fait pendant NISA (Nova 'caria Société Anonyme) chargée de la construction des logements et de leur commercialisation.
■ Réviser l'îlot Cercla
Pensé comme un véritable morceau de ville, le village olympique questionne la structure urbaine existante. Martorell, Bohigas, Mackay et Puigdoménech, chargés de l'établissement du plan général adopté en 1986, veulent inscrire des hiérarchies au sein de la forme urbaine existante d'où le recours à des « supermanzanas » c'est-à-dire des super-îlots. La nouvelle trame urbaine, selon O. Bohigas, reprend à l'extérieur « l'image de la rue-corridor. Par contre une fois dans les super-îlots on y découvre un monde différent : des barres, des tours, des bâtiments isolés, mais aussi la casbah, bref tous les types de logements modernes» et d'ajouter «aujourd'hui toute nouvelle habitation doit bénéficier du confort moderne sans que la forme traditionnelle de la ville disparaisse ». Le changement d'échelle proposé se superpose à la trame viaire existante plutôt qu'il ne la remet en cause. Les rues principales délimitent les « supermanzanas » tan-dis que les rues secondaires, se glissant sous des immeubles porches, traversent l'îlot pour desservir jardins et espaces publics. « La ville, souligne O. Bohigas se construit en confrontant espaces vides et typologies de logements. Aujourd'hui le thème des espaces vides redevient important, comme il en fut du XVIe au XIXe siècle». Le retour à la morphologie traditionnelle de la ville perceptible dès les premiers dessins du village olympique, signale l'influence de certaines expériences étrangères. Un observateur attentif notera facilement l'apport berlinois de l'I.B.A. notamment dans le jeu entre l'immeuble, la barre et le plot. Si ces emprunts n'apparaissent plus aussi clairement, c'est que le projet a mûri et s'est précisé. Dans un deuxième temps les architectes responsables du tracé ont chargé trois équipes de consultants de préciser le gabarit, l'épandage et le découpage de chacune des « supermanzanas ». A l'issue du travail de R. Amado et Li. Dome-nech, J. Bach et G. Mora, E. Bonell et F. Ruis la ville a pris l'aspect qui s'édifie aujourd'hui. Pour éviter toute contestation, un principe simple de répartition de la commande fut retenu. Les lauréats du prix FAD, une distinction plus ou moins équivalente à l'Equerre d'argent, furent désignés pour réaliser ce quartier.
■ Un quartier à risques
Le village olympique représente une opération ambitieuse car jamais la ville n'a en si peu de temps construit ou commercialisé autant de logements, mais surtout politiquement risquée car le tout Barcelone s'interroge sur l'avenir du quartier dont le maire, qui joue là sa réélection, s'est engagé à ne pas laisser s'y former, les jeux achevés, un ghetto de riches. Le projet laisse néanmoins de côté deux aspects : celui de la pertinence de la théorie des super-îlots, une forme urbaine qui s'apparente beaucoup à celle des grands ensembles même si ici il s'agit d'une version révisée par vingt années de débats animés et l'absence de volonté d'innovations dans le logement. Une opportunité manquée que le savoir-faire des architectes sélectionnés estompera assurément
■ Marc Bédarida avec Anne Imbert et Philippe Meyer

Lorsque Barcelone ravit à Paris l'organisation des jeux olympiques de 1992, cette victoire signifiait pour la ville l'opportunité de se désenclaver et de repenser son développement.
■ Recréer une façade maritime
La décision de concentrer sur le territoire communal l'essentiel des constructions olympiques tient d'une stratégie voulue de redéploiement. En premier lieu s'inscrit la volonté de retrouver une façade maritime au lieu de, cette mer absente parce que masquée par des constructions ou barrée par un faisceau infranchissable de voies. « Notre objectif fondamental, indique Oriol Bohigas, ancien responsable de l'urbanisme au sein de la municipalité, est d'organiser un quartier maritime c'est-à-dire ouvert sur la mer, avec des plages. » Pour y parvenir il fallait éliminer une ligne de chemin de fer, aménager la circulation en enterrant une partie du « Cinturon
del litoral» le périphérique barcelonais et modifier les réseaux d'assainissements. L'ancien quartier industriel de Poble Nou, sur une frange de 5 km s'étendant du parc de la Citadelle au rio del Besos, fait place au village olympique avec ses 2 000 logements (15000 athlètes sont attendus) doublés de bureaux et autres commerces; au nouveau port de plaisance équipé d'un centre de congrès et d'un complexe hôtelier; plus au nord, à une succession de jardins menant aux plages. Pour conduire les travaux, la ville a délégué à VOSA (Village Olympique Société Anonyme) la maîtrise d'oeuvre des acquisitions foncières, des expropriations et de la réalisation des infrastructures sur une zone d'environ 130 hectares dont 30 sont affectés à des bâtiments d'habitations. A cet organisme, entièrement financé par la municipalité, fait pendant NISA (Nova 'caria Société Anonyme) chargée de la construction des logements et de leur commercialisation.
■ Réviser l'îlot Cercla
Pensé comme un véritable morceau de ville, le village olympique questionne la structure urbaine existante. Martorell, Bohigas, Mackay et Puigdoménech, chargés de l'établissement du plan général adopté en 1986, veulent inscrire des hiérarchies au sein de la forme urbaine existante d'où le recours à des « supermanzanas » c'est-à-dire des super-îlots. La nouvelle trame urbaine, selon O. Bohigas, reprend à l'extérieur « l'image de la rue-corridor. Par contre une fois dans les super-îlots on y découvre un monde différent : des barres, des tours, des bâtiments isolés, mais aussi la casbah, bref tous les types de logements modernes» et d'ajouter «aujourd'hui toute nouvelle habitation doit bénéficier du confort moderne sans que la forme traditionnelle de la ville disparaisse ». Le changement d'échelle proposé se superpose à la trame viaire existante plutôt qu'il ne la remet en cause. Les rues principales délimitent les « supermanzanas » tan-dis que les rues secondaires, se glissant sous des immeubles porches, traversent l'îlot pour desservir jardins et espaces publics. « La ville, souligne O. Bohigas se construit en confrontant espaces vides et typologies de logements. Aujourd'hui le thème des espaces vides redevient important, comme il en fut du XVIe au XIXe siècle». Le retour à la morphologie traditionnelle de la ville perceptible dès les premiers dessins du village olympique, signale l'influence de certaines expériences étrangères. Un observateur attentif notera facilement l'apport berlinois de l'I.B.A. notamment dans le jeu entre l'immeuble, la barre et le plot. Si ces emprunts n'apparaissent plus aussi clairement, c'est que le projet a mûri et s'est précisé. Dans un deuxième temps les architectes responsables du tracé ont chargé trois équipes de consultants de préciser le gabarit, l'épandage et le découpage de chacune des « supermanzanas ». A l'issue du travail de R. Amado et Li. Dome-nech, J. Bach et G. Mora, E. Bonell et F. Ruis la ville a pris l'aspect qui s'édifie aujourd'hui. Pour éviter toute contestation, un principe simple de répartition de la commande fut retenu. Les lauréats du prix FAD, une distinction plus ou moins équivalente à l'Equerre d'argent, furent désignés pour réaliser ce quartier.
■ Un quartier à risques
Le village olympique représente une opération ambitieuse car jamais la ville n'a en si peu de temps construit ou commercialisé autant de logements, mais surtout politiquement risquée car le tout Barcelone s'interroge sur l'avenir du quartier dont le maire, qui joue là sa réélection, s'est engagé à ne pas laisser s'y former, les jeux achevés, un ghetto de riches. Le projet laisse néanmoins de côté deux aspects : celui de la pertinence de la théorie des super-îlots, une forme urbaine qui s'apparente beaucoup à celle des grands ensembles même si ici il s'agit d'une version révisée par vingt années de débats animés et l'absence de volonté d'innovations dans le logement. Une opportunité manquée que le savoir-faire des architectes sélectionnés estompera assurément
■ Marc Bédarida avec Anne Imbert et Philippe Meyer