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20190813185057501
ENTRE PORTE ET LIMITE
Immeubles de bureaux à Bâle

Situé entre rails et ville, pour lʼun, entre rails et périphérie, pour lʼautre, les deux immeubles administratifs bâlois que nous présentons sont, surtout, soumis à
une problématique complexe, une problématique posée par les contradictions mal définies et mal assumées dʼun quartier aux évolutions incertaines, voire
difficilement contrôlables. Un quartier qui fut et demeure un perpétuel objet de préoccupation pour les responsables de Bâle-Ville, mais aussi pour les
gérants du réseau ferroviaire. La réalisation des architectes de lʼatelier Diener + Diener se place au confluent de deux artères parmi les plus importantes du
trafic bâlois, le Steinentorberg, autrefois simple chemin devenu au fil du temps un tracé sʼassimilant à une autoroute urbaine, et lʼInnere Margarethenstrasse,
qui se détermine comme lʼune des piles dʼun pont qui relie le coeur de la cité à la frontière franco-suisse.
Cette frange de ville à laquelle lʼflot dʼintervention est comme accroché, suspendu, représentait le front, le visage de Bâle au nord-ouest. Les bâtiments qui le
définirent étaient majoritairement de grande échelle, hôtels, garage, piscine couverte, halle de marché. et cʼest précisément autour de ce dernier édifice que
tourne lʼessentiel du thème, lʼessentiel de la réflexion. La dimension tant formelle quʼhistorique de cette halle, sa position résolument «dirigeante»,
nécessitèrent l'adoption dʼune attitude tendant vers un rééquilibrage de lʼîlot.
Le projet ne devait pas présupposer la dissolution à plus ou moins long terme de la référence que constitue ce bâtiment, mais bien au contraire, par lʼapport
dʼune deuxième force, consolider sa position, renforcer sa signification, au point de jouer lui-même un rôle équivalent. Non pas dans sa représentation
formelle, mais du point de vue de son influence sur lʼévolution urbaine immédiate.
L'ensemble de cette opération sʼappuie sur une initiative populaire lancée pour obtenir la préservation de cette halle de marché (nommée «Opera»Gebäude)
si caractéristique, si ancrée dans la mémoire dʼun quartier-clé. Du reste, cette initiative affirmait la nécessité de la conservation dʼun signe, dʼune trace, dʼune
architecture à ne pas galvauder.
La perspective dʼune rénovation des constructions existantes ne parut guère être fidèle à cette volonté. Fort heureusement, il apparut quʼen raison de la
présence de ce viaduc quasi autoroutier et du bruit quʼoccasionne le trafic important quʼil supporte, une rénovation serait peu rentable. Le coût dʼune mise
aux nouvelles normes de protection contre les nuisances acoustiques est tel quʼil ne peut être compensé par les loyers obligatoirement bas dʼhabitude
attribués à des logements placés dans des conditions peu favorables. En revanche, l'initiative aboutit à l'instauration de lʼîlot dans une zone où la proportion
des habitations ne devrait pas dépasser le seuil de 9%.
La réalisation de Diener + Diener est un immeuble de bureaux — et uniquement de bureaux —, destiné à la société Fides. Il ne sʼagit pas, pour le client
comme pour lʼarchitecte, dʼaccélérer l'élimination progressive des logements en centre-ville, mais dʼoffrir une réponse aussi convaincante que possible à une
question urbaine complexe. Cette réponse ne pouvait accepter la présence de logements quʼau prix dʼune série de compromis risquant de mettre
considérablement en péril lʼéquilibre fragile de tout un quartier.
Le bâtiment obéit à une expression désormais reconnaissable de lʼarchitecture de Diener + Diener. Une expression qui se caractérise par une économie de
moyens, un contrôle toujours plus strict de tout élan qui pourrait conduire le projet aux portes de lʼartifice, du geste gratuit. Martin Steinmann soulignait
dʼailleurs, il y a quelques mois (Faces N° 13), le sens du banal dont faisaient preuve Diener + Diener. On notera, à cet égard, la connotation péjorative que
prend la notion de banalité aux yeux du profane, mais aussi, malheureusement, de beaucoup dʼautres. Aussi convient-il de l'expliquer comme étant
lʼaboutissement, la démonstration dʼune ligne de conduite qui veut quʼun projet dʼarchitecture ne confonde jamais simple et simpliste, complexe et
compliqué. Sans nier lʼintérêt que présente lʼorganisation des bureaux au sein de cet édifice, nous limiterons notre description aux façades, plus
significatives et plus directement liées à la problématique. Et ce, à trois niveaux. Mentionnons, tout dʼabord, la recherche dʼun nouveau rapport dʼéchelle par
la dimension des ouvertures. Sur la façade du Steinentorberg, parallèle au viaduc, les fenêtres prennent la dimension de cinq trames de 1,35 mètres (mesure
dictée par la nécessité dʼune flexibilité maximale des locaux) pour accentuer la ligne horizontale, synonyme de vitesse, de passage. Sur la façade de lʼInnere
Margarethenstrasse, les fenêtres nʼutilisent quʼune largeur de trois trames, plus conforme à lʼéchelle des autres éléments qui bâtissent la rue et qui traduisent
la présence de logements. Ensuite, on retiendra la détermination dʼun nouveau sol de référence par lʼélaboration dʼun socle sur le Steinentorberg, en pente
sensible, et qui place lʼensemble des bureaux sur le même plan. Ce socle contient essentiellement des locaux de service et des surfaces à louer. Enfin, à un
troisième niveau, on signalera le choix des matériaux. Le socle est réalisé en béton teinté dans la masse, un béton brut rouge-rosé. Quant aux étages
supérieurs, ils sont constitués dʼun mur en pierre de béton qui, mêlé à des agrégats dʼune pierre sablonneuse verdâtre, redonne à la façade lʼaspect massif,
puissant des bâtiments qui composent et définissent les limites de ce quartier sans obéir à l'expression «pauvre», et volontairement pauvre, de ces
constructions sombres à flanc de voies ferrées, dont le bâtiment de la Hochstrasse (cf. Faces N° 13) est la parfaite illustration.
La simplicité apparente des réalisations de Diener + Diener est, par ailleurs, sans cesse balancée par lʼutilisation du détail signifiant. Nous prendrons, ici,
deux exemples. Le premier réside en l'exécution dʼun élément métallique qui sépare chacune des fenêtres pour lutter visuellement contre une largeur de
0,29 mètre, nécessaire à l'installation éventuelle de parois séparatrices. Cet élément métallique, apparemment anodin, en forme de «T», crée une ligne
verticale qui, grâce au jeu dʼombres et de lumières, affine chacune des partitions. Ce nʼest plus le détail que lʼon voit, cʼest lʼeffet obtenu, et lʼartificiel, un
instant présent, redevient naturel. Le second est la mise en scène du nom de la société, une mise en scène très «moderniste» puisque, sur une double
hauteur de la façade principale ou sur la largeur totale dʼune ouverture, les cinq lettres composant le nom de la société seront visibles en transparence.
L'effet sera, bien entendu, accentué de nuit comme signe dʼune permanence.
L'ensemble de ces détails signifiants contraste, sans jamais la contredire, la volonté dʼune affirmation forte, évidente, dʼun nouveau pion de lʼéchiquier
urbain. Au pied de la seconde pile du pont constitué par lʼInnere Margarethenstrasse, on retrouve notre autre pôle d'intérêt, le bâtiment administratif réalisé,
pour la société Inter Container, par les architectes Alioth et Remund. La société Inter Container fait partie du plus grand consortium européen en matière de
transport ferroviaire. Son siège helvétique a élu domicile à Bâle et occupe un terrain en bordure de voies.
Les besoins grandissants en surfaces de bureaux ont poussé les dirigeants dʼInter Container à envisager lʼouverture dʼun concours sur invitation destiné à
étudier les possibilités offertes par le terrain qui jouxte la construction actuelle. Lauréats, Alioth et Remund ont projeté le nouveau siège, un bâtiment qui doit
répondre à deux exigences essentielles : une occupation maximale de la parcelle et la relation directe avec la, désormais, mitoyenne construction existante.
Il se compose, en fait, de trois corps principaux. L'un, horizontal, constituant le socle, en rapport direct avec le terrain des voies ferrées et abritant (outre deux
niveaux de parking) toutes les installations du domaine informatique. Les deux autres, verticaux, un corps rectiligne parallèle à lʼHôhenweg, lʼautre, face aux
voies, convexe, offrant au coeur du bâtiment une concavité qui permet la respiration et lʼillumination de la rue intérieure. Illumination complétée par un puits
de lumière desservant chacun des étages. Là également, pas de logements ou presque, puisque seul est prévu l'appartement du gardien de lʼimmeuble. Il
est dʼailleurs intéressant de noter que cet appartement apporte volontairement la seule note, non pas discordante, mais dissonante dʼune façade à la
composition et à la partition très posées, très linéaires, soulignées par de fins brise-soleil réalisés en tôle perforée. Le matériel principal des façades est
lʼaluminium laqué. Une laque blanche immaculée résolument opposée à lʼimage grisâtre et triste dʼune construction exposée aux poussières des convois de
marchandises. Ce changement dʼimage, cette nouvelle garde-robe, fait également partie des voeux des dirigeants de la société Inter Container, mais les
architectes Alioth et Remund ne lʼont pas souhaité pour la construction existante puisque celle-ci, rénovée par leurs soins, ne subira pas la même cure de
rajeunissement. Mais afin de définitivement trancher avec un passé révolu, cette façade en béton préfabriqué sera recouverte de céramique anthracite. Cette
anthracite, image dʼun charbon oublié qui contraste si fortement, mais aussi si élégamment avec lʼaluminium laqué, symbole dʼun transport moderne, propre.
La touche finale de cette rénovation sera apportée par la création dʼune nouvelle entrée principale qui restera dans la précédente construction et qui sera
matérialisée par la mise en place dʼun véritable container jouant le rôle dʼun sas.
Ces deux réalisations, chacune sur leur territoire dʼintervention, semblent avoir réussi le premier examen amenant à la résolution plus vaste de la
problématique posée par le quartier de la gare. Leur influence, leur capacité à imposer une règle, une référence, sont encore peu mesurables, mais la
qualité de la réponse actuelle apparaît comme une première garantie.

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IMAGE ET SCÉNARIO
Hans Kollhoff à l'EPFZ

«En conséquence, deux possibilités : ou modifier le fondement même de la structure urbaine, ce qui représenterait une entreprise de très longue haleine, ou
tenter de la percevoir différemment. Apprendre à analyser, à apprécier ses imperfections, ses erreurs, ses carences
pour relever une beauté insoupçonnée et insoupçonnable jusqu'alors...» Hans Kollhoff
Si nous avons choisi de souligner, d'éclairer le travail réalisé à l'Ecole polytechnique fédérale de Zurich par les étudiants de l'atelier du professeur Hans
Kollhoff, c'est en raison de l'affirmation, de la revendication d'une attitude qui, sans sʼobliger à l'insolite, s'inscrit dans la recherche «impatiente» d'une autre
vision de la ville. Il ne sʼagit pas d'une prise de position liée à une volonté exacerbée d'originalité, mais plus profondément, de parvenir à une nouvelle
définition de l'architecture urbaine de la périphérie. Cette réflexion utilise le médium fondamental de lʼenseignement pour se formaliser, s'écrire. C'est un
exemple typique de la démonstration des potentialités d'expérimentation, dʼatelier-laboratoire offertes par l'Ecole. Comme structure décentralisée, une école
d'architecture, au-delà de ses fonctions d'enseignement et de recherche, se doit de jouer un rôle dans l'animation du débat architectural.
Hans Kollhoff fait partie de ceux qui réaffirment l'idée qu'il existe une spécificité de l'architecture, irréductible à aucune autre et qui passe par la pratique du
projet. Ceci implique, au niveau de l'Ecole, non seulement la transmission d'un savoir permettant l'instrumentation d'un savoir faire, mais la production de
projets d'architecture dans la connaissance et la conscience réelle de leur processus d'élaboration, par le recours à une dialectique théorie/pratique. C'est en
cela, et par cela, que le travail des étudiants de «L'Architekturklasse Hans Kollhoff» représente une contribution remarquable.
Pour expérimenter, tester, il est nécessaire de trouver un terrain favorable, un cadre. Ce site riche, complexe, Hans Kolhoff l'a décelé à Berlin. Berlin possède
la caractéristique, témoin de son histoire, de regrouper de nombreux lieux anachroniques ayant échappé à la mainmise des redoutables planificateurs. Ces
lieux se révèlent peu à peu et révèlent avec eux cette fameuse beauté cachée, masquée. Comme le notait le cinéaste Wim Wenders dans une conversation
récente avec l'architecte allemand, la qualité de la vie dans une ville est directement en relation avec la possibilité d'investir ces vides, ces lieux oubliés.
Kollhoff croit en une architecture capable de prendre en compte toutes les composantes de ces espaces, dʼen révéler le potentiel et de créer à partir d'eux
quelque chose de nouveau. Il ne s'agit donc plus de détruire mais de rendre visible.
Situé au nord-ouest du centre du Vieux-Berlin, le quartier Moabit constitue le laboratoire de l'ensemble des expérimentations. Comme en témoigne son
histoire, ce territoire berlinois est, aujourd'hui comme hier, une terre d'urgence, un lieu délaissé, presque banni, où figure tout ce qui est déclaré contraire à
l'homogénéité de la ville. Tant sur le plan fonctionnel, puisqu'y sont regroupées les activités «sales» ou «gênantes» — casernes, prisons, docks, dépôts,
brasseries —, que sur le plan humain, Moabit est considéré, reconnu comme une Île accueillant les «hors normes». Préalablement à tout exercice, une
semaine de séminaire est organisée sur place. Cette semaine est destinée à travailler le thème en profondeur. C'est une phase de sensibilisation. Les
exemples de lʼarchitecture fonctionnaliste sont visités, analysés, documentés. C'est, par conséquent, sur le territoire même du projet, au contact de ses
particularismes et au travers du filtre que représentent l'approche théorique et la pratique du dessin, que sont identifiés précisément le contexte urbain et le
spectre typologique de Moabit. Les exercices proposés aux étudiants sont de quatre types : la visualisation de scénarios imaginés à l'aide d'une série de
textes de Francis Bacon, autorisant une projection conceptuelle précise sur la recherche formelle ; la définition rigoureuse et exacte de types fonctionnels
idéaux à partir de lʼun des scénarios choisis; la confrontation avec le contexte, esquissant le rapport conflictuel ou harmonieux des résultats des exercices
précédents avec la situation actuelle du quartier; enfin, la rencontre avec lʼhistoire, où il n'est plus question dʼen finir délibérément et clairement avec le passé
mais de comprendre, d'apprendre à utiliser les modèles et à dialoguer avec eux. L'ensemble du programme est destiné à bâtir un nouvel espace urbain, qui
ne peut être décrit en termes de tissu, rue, place, mais qui puisse dans la définition caractéristique du lieu, la grande échelle, pour activer une tension
spatiale latente.
Les interrogations de Kollhoff reposent sur la constatation qu'aujourd'hui les programmes n'offrent plus le pouvoir de générer des formes d'expression qui
supportent la comparaison avec les exemples du XIX siècle et du début du XX° siècle.
Les nouvelles technologies représentent un défi direct et singulier à l'expression formelle et, si la forme est un phénomène social, collectif, si nous observons
que l'interaction du contenu et de l'apparence est essentielle à la définition architecturale, il est indispensable de développer une pensée urbaine résultant
directement d'une analyse de la réalité sociale débarrassée de tout a priori. Il sʼagit d'un besoin de découvrir, de
révéler les potentialités dramatiques masquées, peu facilement appréhendables et de les transformer, de les transcender dans l'idée dʼune nouvelle
urbanité. Kollhoff veut créer des scénarios pour rassembler et faire tenir ces espaces en attente, à la fois prestigieux et ordinaires. L'idée de la ville exaltée
par cette recherche se détermine comme une manifestation plus exacte des contradictions et des richesses de notre temps que la structure urbaine
homogène, presque «homogénéisatrice», qui ne trouve plus les ressources nécessaires à un développement constant. L'objectif est décomposer un type de
construction qui évolue des nécessités liées aux fonctions et situations jusqu'à l'engagement dʼun dialogue avec la typologie issue de l'aire d'expérimentation
considérée. Kollhoff recourt à l'expression de la «forme forte», la forme qui commande, ordonne, une exaspération de la forme jusqu'à la sculpture
autosuffisante.
Cependant, la question du signifiant de la forme forte, de sa définition, n'offre que peu de réponses et démontre le stade expérimental du raisonnement.
Même, sʼil est vrai qu'aujourd'hui il demeure très difficile de parler des villes, de les écrire parce qu'elles véhiculent plus d'images que de mots, il semble que
cette nouvelle approche de l'espace et de son ordre, cette autre considération de ce qui est important et de ce qui ne lʼest pas, laisse place libre à toute une
série d'interrogations liées aux fondements mêmes du processus d'élaboration des projets de Moabit. Il existe, en effet, le danger dʼune attitude requérant
l'appartenance, l'uniformité, dʼune attitude qui veut que le beau se cache derrière le sale et que l'on ne peut trouver une joie pleine quʼau travers dʼune
profonde affliction: «Night is black but day is grey».
Comme aimait à le dire Bernhard Shaw: «La souffrance n'est pas un mérite.» Et cependant, il apparaît que l'esthétique, l'esthétisation de ces lieux ne peut
s'exprimer que par l'utilisation presque abusive du graphite. On notera, alors, la parenté affirmée avec le cinéma allemand, et plus particulièrement, berlinois
de ces dernières années.
Qu'arriverait-il des. «hors-normes» après leur normalisation ? Retrouveront-ils les qualités dont on les a vidés pour les reconstruire ? Quels rapports ces
«formes fortes», ces sculptures, entretiennent-elles avec le bâti existant, avec le sol, entre elles ?
Ces questions ne peuvent trouver de réponse sans une concrétisation réelle; et ce n'est d'ailleurs pas le potentiel créatif du travail de Kollhoff et de ses
étudiants qui est mis en interrogation mais davantage le discours projeté par le choix d'un lieu tel que Moabit, si chargé de l'ensemble des problèmes de
l'urbanisation nouvelle qu'il pousse, parfois, les projets à une exploitation caricaturale du concept initial. Il n'en demeure pas moins que «l'Architekturklasse
Hans Kollhoff» développe une théorie, un langage qui représentent un apport remarquable, permettent une ouverture dans le discours souvent sclérosé du
débat actuel et possèdent le mérite de rechercher une alternative critique. Il conviendra, par conséquent, de suivre les évolutions futures de ce travail pour en
vérifier lʼexacte portée.

Philippe Meyer

ENTRE PORTE ET LIMITE
Immeubles de bureaux à Bâle

Situé entre rails et ville, pour lʼun, entre rails et périphérie, pour lʼautre, les deux immeubles administratifs bâlois que nous présentons sont, surtout, soumis à
une problématique complexe, une problématique posée par les contradictions mal définies et mal assumées dʼun quartier aux évolutions incertaines, voire
difficilement contrôlables. Un quartier qui fut et demeure un perpétuel objet de préoccupation pour les responsables de Bâle-Ville, mais aussi pour les
gérants du réseau ferroviaire. La réalisation des architectes de lʼatelier Diener + Diener se place au confluent de deux artères parmi les plus importantes du
trafic bâlois, le Steinentorberg, autrefois simple chemin devenu au fil du temps un tracé sʼassimilant à une autoroute urbaine, et lʼInnere Margarethenstrasse,
qui se détermine comme lʼune des piles dʼun pont qui relie le coeur de la cité à la frontière franco-suisse.
Cette frange de ville à laquelle lʼflot dʼintervention est comme accroché, suspendu, représentait le front, le visage de Bâle au nord-ouest. Les bâtiments qui le
définirent étaient majoritairement de grande échelle, hôtels, garage, piscine couverte, halle de marché. et cʼest précisément autour de ce dernier édifice que
tourne lʼessentiel du thème, lʼessentiel de la réflexion. La dimension tant formelle quʼhistorique de cette halle, sa position résolument «dirigeante»,
nécessitèrent l'adoption dʼune attitude tendant vers un rééquilibrage de lʼîlot.
Le projet ne devait pas présupposer la dissolution à plus ou moins long terme de la référence que constitue ce bâtiment, mais bien au contraire, par lʼapport
dʼune deuxième force, consolider sa position, renforcer sa signification, au point de jouer lui-même un rôle équivalent. Non pas dans sa représentation
formelle, mais du point de vue de son influence sur lʼévolution urbaine immédiate.
L'ensemble de cette opération sʼappuie sur une initiative populaire lancée pour obtenir la préservation de cette halle de marché (nommée «Opera»Gebäude)
si caractéristique, si ancrée dans la mémoire dʼun quartier-clé. Du reste, cette initiative affirmait la nécessité de la conservation dʼun signe, dʼune trace, dʼune
architecture à ne pas galvauder.
La perspective dʼune rénovation des constructions existantes ne parut guère être fidèle à cette volonté. Fort heureusement, il apparut quʼen raison de la
présence de ce viaduc quasi autoroutier et du bruit quʼoccasionne le trafic important quʼil supporte, une rénovation serait peu rentable. Le coût dʼune mise
aux nouvelles normes de protection contre les nuisances acoustiques est tel quʼil ne peut être compensé par les loyers obligatoirement bas dʼhabitude
attribués à des logements placés dans des conditions peu favorables. En revanche, l'initiative aboutit à l'instauration de lʼîlot dans une zone où la proportion
des habitations ne devrait pas dépasser le seuil de 9%.
La réalisation de Diener + Diener est un immeuble de bureaux — et uniquement de bureaux —, destiné à la société Fides. Il ne sʼagit pas, pour le client
comme pour lʼarchitecte, dʼaccélérer l'élimination progressive des logements en centre-ville, mais dʼoffrir une réponse aussi convaincante que possible à une
question urbaine complexe. Cette réponse ne pouvait accepter la présence de logements quʼau prix dʼune série de compromis risquant de mettre
considérablement en péril lʼéquilibre fragile de tout un quartier.
Le bâtiment obéit à une expression désormais reconnaissable de lʼarchitecture de Diener + Diener. Une expression qui se caractérise par une économie de
moyens, un contrôle toujours plus strict de tout élan qui pourrait conduire le projet aux portes de lʼartifice, du geste gratuit. Martin Steinmann soulignait
dʼailleurs, il y a quelques mois (Faces N° 13), le sens du banal dont faisaient preuve Diener + Diener. On notera, à cet égard, la connotation péjorative que
prend la notion de banalité aux yeux du profane, mais aussi, malheureusement, de beaucoup dʼautres. Aussi convient-il de l'expliquer comme étant
lʼaboutissement, la démonstration dʼune ligne de conduite qui veut quʼun projet dʼarchitecture ne confonde jamais simple et simpliste, complexe et
compliqué. Sans nier lʼintérêt que présente lʼorganisation des bureaux au sein de cet édifice, nous limiterons notre description aux façades, plus
significatives et plus directement liées à la problématique. Et ce, à trois niveaux. Mentionnons, tout dʼabord, la recherche dʼun nouveau rapport dʼéchelle par
la dimension des ouvertures. Sur la façade du Steinentorberg, parallèle au viaduc, les fenêtres prennent la dimension de cinq trames de 1,35 mètres (mesure
dictée par la nécessité dʼune flexibilité maximale des locaux) pour accentuer la ligne horizontale, synonyme de vitesse, de passage. Sur la façade de lʼInnere
Margarethenstrasse, les fenêtres nʼutilisent quʼune largeur de trois trames, plus conforme à lʼéchelle des autres éléments qui bâtissent la rue et qui traduisent
la présence de logements. Ensuite, on retiendra la détermination dʼun nouveau sol de référence par lʼélaboration dʼun socle sur le Steinentorberg, en pente
sensible, et qui place lʼensemble des bureaux sur le même plan. Ce socle contient essentiellement des locaux de service et des surfaces à louer. Enfin, à un
troisième niveau, on signalera le choix des matériaux. Le socle est réalisé en béton teinté dans la masse, un béton brut rouge-rosé. Quant aux étages
supérieurs, ils sont constitués dʼun mur en pierre de béton qui, mêlé à des agrégats dʼune pierre sablonneuse verdâtre, redonne à la façade lʼaspect massif,
puissant des bâtiments qui composent et définissent les limites de ce quartier sans obéir à l'expression «pauvre», et volontairement pauvre, de ces
constructions sombres à flanc de voies ferrées, dont le bâtiment de la Hochstrasse (cf. Faces N° 13) est la parfaite illustration.
La simplicité apparente des réalisations de Diener + Diener est, par ailleurs, sans cesse balancée par lʼutilisation du détail signifiant. Nous prendrons, ici,
deux exemples. Le premier réside en l'exécution dʼun élément métallique qui sépare chacune des fenêtres pour lutter visuellement contre une largeur de
0,29 mètre, nécessaire à l'installation éventuelle de parois séparatrices. Cet élément métallique, apparemment anodin, en forme de «T», crée une ligne
verticale qui, grâce au jeu dʼombres et de lumières, affine chacune des partitions. Ce nʼest plus le détail que lʼon voit, cʼest lʼeffet obtenu, et lʼartificiel, un
instant présent, redevient naturel. Le second est la mise en scène du nom de la société, une mise en scène très «moderniste» puisque, sur une double
hauteur de la façade principale ou sur la largeur totale dʼune ouverture, les cinq lettres composant le nom de la société seront visibles en transparence.
L'effet sera, bien entendu, accentué de nuit comme signe dʼune permanence.
L'ensemble de ces détails signifiants contraste, sans jamais la contredire, la volonté dʼune affirmation forte, évidente, dʼun nouveau pion de lʼéchiquier
urbain. Au pied de la seconde pile du pont constitué par lʼInnere Margarethenstrasse, on retrouve notre autre pôle d'intérêt, le bâtiment administratif réalisé,
pour la société Inter Container, par les architectes Alioth et Remund. La société Inter Container fait partie du plus grand consortium européen en matière de
transport ferroviaire. Son siège helvétique a élu domicile à Bâle et occupe un terrain en bordure de voies.
Les besoins grandissants en surfaces de bureaux ont poussé les dirigeants dʼInter Container à envisager lʼouverture dʼun concours sur invitation destiné à
étudier les possibilités offertes par le terrain qui jouxte la construction actuelle. Lauréats, Alioth et Remund ont projeté le nouveau siège, un bâtiment qui doit
répondre à deux exigences essentielles : une occupation maximale de la parcelle et la relation directe avec la, désormais, mitoyenne construction existante.
Il se compose, en fait, de trois corps principaux. L'un, horizontal, constituant le socle, en rapport direct avec le terrain des voies ferrées et abritant (outre deux
niveaux de parking) toutes les installations du domaine informatique. Les deux autres, verticaux, un corps rectiligne parallèle à lʼHôhenweg, lʼautre, face aux
voies, convexe, offrant au coeur du bâtiment une concavité qui permet la respiration et lʼillumination de la rue intérieure. Illumination complétée par un puits
de lumière desservant chacun des étages. Là également, pas de logements ou presque, puisque seul est prévu l'appartement du gardien de lʼimmeuble. Il
est dʼailleurs intéressant de noter que cet appartement apporte volontairement la seule note, non pas discordante, mais dissonante dʼune façade à la
composition et à la partition très posées, très linéaires, soulignées par de fins brise-soleil réalisés en tôle perforée. Le matériel principal des façades est
lʼaluminium laqué. Une laque blanche immaculée résolument opposée à lʼimage grisâtre et triste dʼune construction exposée aux poussières des convois de
marchandises. Ce changement dʼimage, cette nouvelle garde-robe, fait également partie des voeux des dirigeants de la société Inter Container, mais les
architectes Alioth et Remund ne lʼont pas souhaité pour la construction existante puisque celle-ci, rénovée par leurs soins, ne subira pas la même cure de
rajeunissement. Mais afin de définitivement trancher avec un passé révolu, cette façade en béton préfabriqué sera recouverte de céramique anthracite. Cette
anthracite, image dʼun charbon oublié qui contraste si fortement, mais aussi si élégamment avec lʼaluminium laqué, symbole dʼun transport moderne, propre.
La touche finale de cette rénovation sera apportée par la création dʼune nouvelle entrée principale qui restera dans la précédente construction et qui sera
matérialisée par la mise en place dʼun véritable container jouant le rôle dʼun sas.
Ces deux réalisations, chacune sur leur territoire dʼintervention, semblent avoir réussi le premier examen amenant à la résolution plus vaste de la
problématique posée par le quartier de la gare. Leur influence, leur capacité à imposer une règle, une référence, sont encore peu mesurables, mais la
qualité de la réponse actuelle apparaît comme une première garantie.

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IMAGE ET SCÉNARIO
Hans Kollhoff à l'EPFZ

«En conséquence, deux possibilités : ou modifier le fondement même de la structure urbaine, ce qui représenterait une entreprise de très longue haleine, ou
tenter de la percevoir différemment. Apprendre à analyser, à apprécier ses imperfections, ses erreurs, ses carences
pour relever une beauté insoupçonnée et insoupçonnable jusqu'alors...» Hans Kollhoff
Si nous avons choisi de souligner, d'éclairer le travail réalisé à l'Ecole polytechnique fédérale de Zurich par les étudiants de l'atelier du professeur Hans
Kollhoff, c'est en raison de l'affirmation, de la revendication d'une attitude qui, sans sʼobliger à l'insolite, s'inscrit dans la recherche «impatiente» d'une autre
vision de la ville. Il ne sʼagit pas d'une prise de position liée à une volonté exacerbée d'originalité, mais plus profondément, de parvenir à une nouvelle
définition de l'architecture urbaine de la périphérie. Cette réflexion utilise le médium fondamental de lʼenseignement pour se formaliser, s'écrire. C'est un
exemple typique de la démonstration des potentialités d'expérimentation, dʼatelier-laboratoire offertes par l'Ecole. Comme structure décentralisée, une école
d'architecture, au-delà de ses fonctions d'enseignement et de recherche, se doit de jouer un rôle dans l'animation du débat architectural.
Hans Kollhoff fait partie de ceux qui réaffirment l'idée qu'il existe une spécificité de l'architecture, irréductible à aucune autre et qui passe par la pratique du
projet. Ceci implique, au niveau de l'Ecole, non seulement la transmission d'un savoir permettant l'instrumentation d'un savoir faire, mais la production de
projets d'architecture dans la connaissance et la conscience réelle de leur processus d'élaboration, par le recours à une dialectique théorie/pratique. C'est en
cela, et par cela, que le travail des étudiants de «L'Architekturklasse Hans Kollhoff» représente une contribution remarquable.
Pour expérimenter, tester, il est nécessaire de trouver un terrain favorable, un cadre. Ce site riche, complexe, Hans Kolhoff l'a décelé à Berlin. Berlin possède
la caractéristique, témoin de son histoire, de regrouper de nombreux lieux anachroniques ayant échappé à la mainmise des redoutables planificateurs. Ces
lieux se révèlent peu à peu et révèlent avec eux cette fameuse beauté cachée, masquée. Comme le notait le cinéaste Wim Wenders dans une conversation
récente avec l'architecte allemand, la qualité de la vie dans une ville est directement en relation avec la possibilité d'investir ces vides, ces lieux oubliés.
Kollhoff croit en une architecture capable de prendre en compte toutes les composantes de ces espaces, dʼen révéler le potentiel et de créer à partir d'eux
quelque chose de nouveau. Il ne s'agit donc plus de détruire mais de rendre visible.
Situé au nord-ouest du centre du Vieux-Berlin, le quartier Moabit constitue le laboratoire de l'ensemble des expérimentations. Comme en témoigne son
histoire, ce territoire berlinois est, aujourd'hui comme hier, une terre d'urgence, un lieu délaissé, presque banni, où figure tout ce qui est déclaré contraire à
l'homogénéité de la ville. Tant sur le plan fonctionnel, puisqu'y sont regroupées les activités «sales» ou «gênantes» — casernes, prisons, docks, dépôts,
brasseries —, que sur le plan humain, Moabit est considéré, reconnu comme une Île accueillant les «hors normes». Préalablement à tout exercice, une
semaine de séminaire est organisée sur place. Cette semaine est destinée à travailler le thème en profondeur. C'est une phase de sensibilisation. Les
exemples de lʼarchitecture fonctionnaliste sont visités, analysés, documentés. C'est, par conséquent, sur le territoire même du projet, au contact de ses
particularismes et au travers du filtre que représentent l'approche théorique et la pratique du dessin, que sont identifiés précisément le contexte urbain et le
spectre typologique de Moabit. Les exercices proposés aux étudiants sont de quatre types : la visualisation de scénarios imaginés à l'aide d'une série de
textes de Francis Bacon, autorisant une projection conceptuelle précise sur la recherche formelle ; la définition rigoureuse et exacte de types fonctionnels
idéaux à partir de lʼun des scénarios choisis; la confrontation avec le contexte, esquissant le rapport conflictuel ou harmonieux des résultats des exercices
précédents avec la situation actuelle du quartier; enfin, la rencontre avec lʼhistoire, où il n'est plus question dʼen finir délibérément et clairement avec le passé
mais de comprendre, d'apprendre à utiliser les modèles et à dialoguer avec eux. L'ensemble du programme est destiné à bâtir un nouvel espace urbain, qui
ne peut être décrit en termes de tissu, rue, place, mais qui puisse dans la définition caractéristique du lieu, la grande échelle, pour activer une tension
spatiale latente.
Les interrogations de Kollhoff reposent sur la constatation qu'aujourd'hui les programmes n'offrent plus le pouvoir de générer des formes d'expression qui
supportent la comparaison avec les exemples du XIX siècle et du début du XX° siècle.
Les nouvelles technologies représentent un défi direct et singulier à l'expression formelle et, si la forme est un phénomène social, collectif, si nous observons
que l'interaction du contenu et de l'apparence est essentielle à la définition architecturale, il est indispensable de développer une pensée urbaine résultant
directement d'une analyse de la réalité sociale débarrassée de tout a priori. Il sʼagit d'un besoin de découvrir, de
révéler les potentialités dramatiques masquées, peu facilement appréhendables et de les transformer, de les transcender dans l'idée dʼune nouvelle
urbanité. Kollhoff veut créer des scénarios pour rassembler et faire tenir ces espaces en attente, à la fois prestigieux et ordinaires. L'idée de la ville exaltée
par cette recherche se détermine comme une manifestation plus exacte des contradictions et des richesses de notre temps que la structure urbaine
homogène, presque «homogénéisatrice», qui ne trouve plus les ressources nécessaires à un développement constant. L'objectif est décomposer un type de
construction qui évolue des nécessités liées aux fonctions et situations jusqu'à l'engagement dʼun dialogue avec la typologie issue de l'aire d'expérimentation
considérée. Kollhoff recourt à l'expression de la «forme forte», la forme qui commande, ordonne, une exaspération de la forme jusqu'à la sculpture
autosuffisante.
Cependant, la question du signifiant de la forme forte, de sa définition, n'offre que peu de réponses et démontre le stade expérimental du raisonnement.
Même, sʼil est vrai qu'aujourd'hui il demeure très difficile de parler des villes, de les écrire parce qu'elles véhiculent plus d'images que de mots, il semble que
cette nouvelle approche de l'espace et de son ordre, cette autre considération de ce qui est important et de ce qui ne lʼest pas, laisse place libre à toute une
série d'interrogations liées aux fondements mêmes du processus d'élaboration des projets de Moabit. Il existe, en effet, le danger dʼune attitude requérant
l'appartenance, l'uniformité, dʼune attitude qui veut que le beau se cache derrière le sale et que l'on ne peut trouver une joie pleine quʼau travers dʼune
profonde affliction: «Night is black but day is grey».
Comme aimait à le dire Bernhard Shaw: «La souffrance n'est pas un mérite.» Et cependant, il apparaît que l'esthétique, l'esthétisation de ces lieux ne peut
s'exprimer que par l'utilisation presque abusive du graphite. On notera, alors, la parenté affirmée avec le cinéma allemand, et plus particulièrement, berlinois
de ces dernières années.
Qu'arriverait-il des. «hors-normes» après leur normalisation ? Retrouveront-ils les qualités dont on les a vidés pour les reconstruire ? Quels rapports ces
«formes fortes», ces sculptures, entretiennent-elles avec le bâti existant, avec le sol, entre elles ?
Ces questions ne peuvent trouver de réponse sans une concrétisation réelle; et ce n'est d'ailleurs pas le potentiel créatif du travail de Kollhoff et de ses
étudiants qui est mis en interrogation mais davantage le discours projeté par le choix d'un lieu tel que Moabit, si chargé de l'ensemble des problèmes de
l'urbanisation nouvelle qu'il pousse, parfois, les projets à une exploitation caricaturale du concept initial. Il n'en demeure pas moins que «l'Architekturklasse
Hans Kollhoff» développe une théorie, un langage qui représentent un apport remarquable, permettent une ouverture dans le discours souvent sclérosé du
débat actuel et possèdent le mérite de rechercher une alternative critique. Il conviendra, par conséquent, de suivre les évolutions futures de ce travail pour en
vérifier lʼexacte portée.

Philippe Meyer