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YEARANNÉE
20190813183353133
CORPS BÂTIS

"Mettre une chose sur une autre, de manière qu1elle la recouvre, y adhère ou y laisse une empreinte."   Niele Toroni

A Fribourg, à flan de collines, au sein d’un quartier résidentiel à l'histoire urbaine encore récente, Daniele Marques propose une controverse. Cette controverse architecturale, l’architecte Lucernois la traduit par le rapport relationnel étroit qu' entretient le projet avec une école existante, régnant jusqu'ici en maîtresse sur un parc, environnement végétal construit résistant à la définition floue du tissu bâti qui l' entoure.
Compléter une insularité et lui permettre malgré l’addition, de demeurer première, de conserver une forme de polarisation, sont les fondements de cette controverse, de ce qui pourrait n’être qu’un paradoxe. L’inscription, ou plutôt, l’installation, tant le processus de composition nous autorise à établir un parallèle évident avec une intervention artistique d’un ordre minmal, ne dessine aucune opposition.
Trois édifices posés, en limite de rupture de pente, à la recherche d'un équilibre, d'une juste répartition des masses bâties, proposent, par un processus de transformation du dernier fragment du parc qui entourait la villa, une succession de plans, de plans-séquences dans un jeu permanent de rapports contrastés. Trois corps bâtis, délivrant un programme, que la recherche d’une adéquation à l’échelle de la construction initiale obligeait à distinguer, trois volumes, trois cailloux, pour abriter, école primaire, jardin d’enfant et salles de sport. Leur lecture s'effectue en continu, sans rupture, par le déplacement, mettant en scène simultanément le proche et le lointain, le visible et le caché. Trois boîtes noires caractérisées par l’expression forte d’un matériau et d’une matière.
Une structure manifeste en béton, dont le mode de percements renforce l’affirmation massive. Une surface rugueuse, qui, produite par l’insertion en fond de coffrage de graviers grossiers, concassés, démontre, à la fois, aspérités d’une matière cherchant à accrocher la lumière, et abstraction, assumée d’une tonalité chromatique impliquant dans ses nuances le paysage. Un souci réductiviste qui, à l’image de la fausse neutralité de l’agrégat choisi, empreint d1opacité et de profondeur, induit une iconographie minimaliste.
Cette approche conceptuelle se détermine, dans une écriture paysagère, par le glissement, entre-elles de chacune des unités pour parvenir à une compacité découpée des espaces extérieurs. Le projet crée alors des décalages, et préserve une série d’échappées sur le paysage, sur les constructions, sur la ville. Nouveaux tableaux donnés à voir à la villa, les différents plans associés offrent tridimensionnellement une série de combinaisons dans un jeu constant, homogène entre bâti et mouvements de terre. Pourtant, face à la domesticité étonnante de la “Villa Thérèse”, le matériau unique et le mode de construction énoncés accusent une forme de contraste, marques déclare, par l’ancrage de volumes purs, au sens de la précision des lignes, de la vérité de la matière, du contrôle exact de la lumière, faire de l’extérieur un autre intérieur, de l’espace extérieur contenu, une surface de contact, de l’intérieur, articulé par l’éclairage artificiel et la couleur, un prolongement.
Au travers de grands cadres, absorbant le paysage, l’immatérialité de cet éclairage, qui fonctionne sur le principe d'une série de stimulis lumineux conditionnant le regard et l'orientant, alliée à la recherche singulière de l’artiste Jürg Niederberger sur les tonalités, modifiées, inversées, transfigurées, tant sur les murs que sur les sols, apparaissent comme la transposition du thème de la surface-support, renonçant fièrement, pourrait-on dire, à tout ornement.
L' acte de bâtir n’impose pas ici l’unicité simpliste d’une masse, la brutalité d’une force statique, mais tisse, dans la trame de l’espace, dans sa dilatation ou sa contraction, un parcours fluide.
Une impression d’ensemble s’en échappe, le sentiment explicite d’une transformation, les conditions d’une évidence.

Philippe Meyer

CORPS BÂTIS

"Mettre une chose sur une autre, de manière qu1elle la recouvre, y adhère ou y laisse une empreinte."   Niele Toroni

A Fribourg, à flan de collines, au sein d’un quartier résidentiel à l'histoire urbaine encore récente, Daniele Marques propose une controverse. Cette controverse architecturale, l’architecte Lucernois la traduit par le rapport relationnel étroit qu' entretient le projet avec une école existante, régnant jusqu'ici en maîtresse sur un parc, environnement végétal construit résistant à la définition floue du tissu bâti qui l' entoure.
Compléter une insularité et lui permettre malgré l’addition, de demeurer première, de conserver une forme de polarisation, sont les fondements de cette controverse, de ce qui pourrait n’être qu’un paradoxe. L’inscription, ou plutôt, l’installation, tant le processus de composition nous autorise à établir un parallèle évident avec une intervention artistique d’un ordre minmal, ne dessine aucune opposition.
Trois édifices posés, en limite de rupture de pente, à la recherche d'un équilibre, d'une juste répartition des masses bâties, proposent, par un processus de transformation du dernier fragment du parc qui entourait la villa, une succession de plans, de plans-séquences dans un jeu permanent de rapports contrastés. Trois corps bâtis, délivrant un programme, que la recherche d’une adéquation à l’échelle de la construction initiale obligeait à distinguer, trois volumes, trois cailloux, pour abriter, école primaire, jardin d’enfant et salles de sport. Leur lecture s'effectue en continu, sans rupture, par le déplacement, mettant en scène simultanément le proche et le lointain, le visible et le caché. Trois boîtes noires caractérisées par l’expression forte d’un matériau et d’une matière.
Une structure manifeste en béton, dont le mode de percements renforce l’affirmation massive. Une surface rugueuse, qui, produite par l’insertion en fond de coffrage de graviers grossiers, concassés, démontre, à la fois, aspérités d’une matière cherchant à accrocher la lumière, et abstraction, assumée d’une tonalité chromatique impliquant dans ses nuances le paysage. Un souci réductiviste qui, à l’image de la fausse neutralité de l’agrégat choisi, empreint d1opacité et de profondeur, induit une iconographie minimaliste.
Cette approche conceptuelle se détermine, dans une écriture paysagère, par le glissement, entre-elles de chacune des unités pour parvenir à une compacité découpée des espaces extérieurs. Le projet crée alors des décalages, et préserve une série d’échappées sur le paysage, sur les constructions, sur la ville. Nouveaux tableaux donnés à voir à la villa, les différents plans associés offrent tridimensionnellement une série de combinaisons dans un jeu constant, homogène entre bâti et mouvements de terre. Pourtant, face à la domesticité étonnante de la “Villa Thérèse”, le matériau unique et le mode de construction énoncés accusent une forme de contraste, marques déclare, par l’ancrage de volumes purs, au sens de la précision des lignes, de la vérité de la matière, du contrôle exact de la lumière, faire de l’extérieur un autre intérieur, de l’espace extérieur contenu, une surface de contact, de l’intérieur, articulé par l’éclairage artificiel et la couleur, un prolongement.
Au travers de grands cadres, absorbant le paysage, l’immatérialité de cet éclairage, qui fonctionne sur le principe d'une série de stimulis lumineux conditionnant le regard et l'orientant, alliée à la recherche singulière de l’artiste Jürg Niederberger sur les tonalités, modifiées, inversées, transfigurées, tant sur les murs que sur les sols, apparaissent comme la transposition du thème de la surface-support, renonçant fièrement, pourrait-on dire, à tout ornement.
L' acte de bâtir n’impose pas ici l’unicité simpliste d’une masse, la brutalité d’une force statique, mais tisse, dans la trame de l’espace, dans sa dilatation ou sa contraction, un parcours fluide.
Une impression d’ensemble s’en échappe, le sentiment explicite d’une transformation, les conditions d’une évidence.

Philippe Meyer