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9782884746137-475x500-1
A PROPOS DU TRAVAIL DE HOLZER-KOBLER ARCHITECTES

«L’ornement est un crime…» Adolf Loos

L’atmosphère à une définition esthétique globale et catégorielle. Cela implique que la création d’atmosphères, et par conséquent, l’ensemble de nos travaux d’architectes-scénographes, s’élabore au travers d’un processus expérimental. Dans un contexte architectural donné, on ne peut établir de dichotomie entre l’espace et la notion émotionnelle qui lui est attachée, entre une composante impalpable et le caractère architectural qui lui est confronté. Il est ainsi difficile de saisir, dans une perpétuelle modification d’un état, ce qui est soumis à une perception subjective d’une pensée et ce qui reste lié à l’histoire personnelle de l’individu. L’atmosphère d’un espace n’est pas seulement affecté par sa réalité construite, mais également intentionnellement ou fortuitement, par l’interaction de la lumière, du son ou de l’olfactif.
Les espaces se composent alors de superpositions, de strates, et ne sont, comme le suggère Sloterdijk, jamais vides.
Holzer-Kobler 2009

Penser l’objet construit, l’objet qui occupe l’espace, comme une stratégie d’indéfinition. Cette stratégie permet de créer un objet qui n’est pas totalement complet, un objet inachevé, encore ouvert, encore en attente d’usage, soustrait aux modes, aux styles et au temps. Parle-t-on de design, au sens souvent dévoyé des années ’80, surreprésentatif de son état, de son propre état, ou doit-on comprendre, ce « dessin de l’espace » dans ce qu’il génère comme modifications génétiques et typologiques du lieu? Dans son respect également de ce lieu, dans la mesure où ces objets l’accompagnent ou le révèlent sans, fondamentalement, le transformer.
Quand Holzer&Kobler abordent cette question du « meuble », se gomment les signes qui « typifient » la fonction pour exaspérer la quintescence de l’usage, et ainsi la dépasser. Andrea Branzi parle, évidemment sans fondement péjoratif, de «  l’objet faible » qui, par la démonstration des possibles stratégies, induit leurs réversibilités et rend le processus diffus. L’indéfinition emprunte une part de cette réflexion.
Cela ne signifie en rien que le caractère en est absent ou altéré, mais qu’il ne donne pas de lecture évidente ou immédiate d’une typologie de l’espace investi, ou bien, qu’il en donne une lecture singulière, inédite et, par essence, éphémère. Ces aménagements spatiaux, on pourrait employer le terme d’équipements, utilisent, non pas des accessoires, ce qui pourrait suggérer une approche gadgétisée, mais des outils très spécifiques à la nature intrinsèque des expositions ou des fonctions mises en scène.Vitrines et signalétique sont ainsi simultanément associées, combinées. Ce travail scénographique met en œuvre, et c’est aujourd’hui une banalité, l’ensemble des technologies contemporaines en matière de projections, d’images ou d’éclairages, mais, au surplus, une notion très aigue de « l’appropriation ».
Ce mot, honni de tout vocabulaire architectural, prend ici tout son sens tant le spectateur, l’utilisateur, le destinataire de l’objet construit en est investi tout autant que l’espace. Il ne s’agit pas seulement d’objets à mettre en scène mais de parcours à dessiner, d’expériences à partager, d’informations ou d’émotions à transmettre.
Le terrain, la surface d’intervention, est une surface « disponible », utile et utilisable comme support de transmissions dynamiques. Créer un contexte, une enveloppe d’installations interactives, un environnement, une atmosphère. Le « visiteur » dispose d’une liberté qui détermine les limites du dispositif installé, cette liberté est également de mouvement. Barbara Holzer évoque une « stimmung » en mouvement, cette atmosphère, le terme stimmung n’a pas de traduction directe, oscillant entre humeur et ambiance, il définit alors cette notion floue d’un état du lieu qui n’a d’expression que par l’interaction établie entre l’objet et celui qui « se l’approprie », entre l’objet et l’histoire, propre à chacun, que véhicule celui qui le découvre, l’emploie ou, dans un espace-temps contrôlé, le capte. Le mouvement déclaré prend la forme inpalpable d’un aller-retour constant entre celui qui est regarde et celui qui est regardé, le dialogue est instauré et l’histoire peut se raconter. Car le processus est avant tout narratif, la portée et les notes ne peuvent s’écrire l’un sans l’autre, l’espace se décrit sur le support sans l’implication d’une logique de début et de fin. Une forme de panorama narratif. Entre traduction, interprétation ou décalage, les projets de scénographie induisent des cheminements. Fluides, sensoriels, poétiques, ils agissent sur le registre d’une interdépendance du visiteur et du visité, une relation intime s’établit et se prolonge au-delà du temps partagé. L’essentiel réside dans ce qu’il en reste, l’impression, l’image forte, ce dont on se souvient. La relation au souvenir est importante, c’est la relation au temps, à l’ensemble, à la culture de chacun dans sa capacité distincte à apprécier, à appréhender.
On comprend alors que la forme n’est pas l’objet, que l’inscription spatiale dépasse l’élément, que l’installation l’emporte sur le dessin de l‘outil…l’art contemporain supplante l’art décoratif, ce ne sont pas les objets « décorés » qui sont nécessaires à l’atmosphère mais les objets utilisés, « …on s’asseoit dessus, on travaille dessus, on en use, on les use, usés, on les remplace. »*, la représentation de l’espace habité par l’objet est plus importante que l’objet lui-même, ce qu’il donne à voir, ce qu’il donne à penser lest plus encore, la démonstration que le décor n’a de sens que s’il est l’émergence d’une pensée est faite.
Holzer-Kobler inscrivent leur travail dans la continuité d’une écriture, celui d’un « brain-script » en lien permanent avec l’évolution de la pensée et de la culture de leur temps, un travail muti-couches, dont l’épaisseur est sans cesse donnée par la multiplicité des expériences faites et proposées.

Philippe Meyer

* Le Corbusier_ «  L’Art Décoratif aujourd’hui »

A PROPOS DU TRAVAIL DE HOLZER-KOBLER ARCHITECTES

«L’ornement est un crime…» Adolf Loos

L’atmosphère à une définition esthétique globale et catégorielle. Cela implique que la création d’atmosphères, et par conséquent, l’ensemble de nos travaux d’architectes-scénographes, s’élabore au travers d’un processus expérimental. Dans un contexte architectural donné, on ne peut établir de dichotomie entre l’espace et la notion émotionnelle qui lui est attachée, entre une composante impalpable et le caractère architectural qui lui est confronté. Il est ainsi difficile de saisir, dans une perpétuelle modification d’un état, ce qui est soumis à une perception subjective d’une pensée et ce qui reste lié à l’histoire personnelle de l’individu. L’atmosphère d’un espace n’est pas seulement affecté par sa réalité construite, mais également intentionnellement ou fortuitement, par l’interaction de la lumière, du son ou de l’olfactif.
Les espaces se composent alors de superpositions, de strates, et ne sont, comme le suggère Sloterdijk, jamais vides.
Holzer-Kobler 2009

Penser l’objet construit, l’objet qui occupe l’espace, comme une stratégie d’indéfinition. Cette stratégie permet de créer un objet qui n’est pas totalement complet, un objet inachevé, encore ouvert, encore en attente d’usage, soustrait aux modes, aux styles et au temps. Parle-t-on de design, au sens souvent dévoyé des années ’80, surreprésentatif de son état, de son propre état, ou doit-on comprendre, ce « dessin de l’espace » dans ce qu’il génère comme modifications génétiques et typologiques du lieu? Dans son respect également de ce lieu, dans la mesure où ces objets l’accompagnent ou le révèlent sans, fondamentalement, le transformer.
Quand Holzer&Kobler abordent cette question du « meuble », se gomment les signes qui « typifient » la fonction pour exaspérer la quintescence de l’usage, et ainsi la dépasser. Andrea Branzi parle, évidemment sans fondement péjoratif, de « l’objet faible » qui, par la démonstration des possibles stratégies, induit leurs réversibilités et rend le processus diffus. L’indéfinition emprunte une part de cette réflexion.
Cela ne signifie en rien que le caractère en est absent ou altéré, mais qu’il ne donne pas de lecture évidente ou immédiate d’une typologie de l’espace investi, ou bien, qu’il en donne une lecture singulière, inédite et, par essence, éphémère. Ces aménagements spatiaux, on pourrait employer le terme d’équipements, utilisent, non pas des accessoires, ce qui pourrait suggérer une approche gadgétisée, mais des outils très spécifiques à la nature intrinsèque des expositions ou des fonctions mises en scène.Vitrines et signalétique sont ainsi simultanément associées, combinées. Ce travail scénographique met en œuvre, et c’est aujourd’hui une banalité, l’ensemble des technologies contemporaines en matière de projections, d’images ou d’éclairages, mais, au surplus, une notion très aigue de « l’appropriation ».
Ce mot, honni de tout vocabulaire architectural, prend ici tout son sens tant le spectateur, l’utilisateur, le destinataire de l’objet construit en est investi tout autant que l’espace. Il ne s’agit pas seulement d’objets à mettre en scène mais de parcours à dessiner, d’expériences à partager, d’informations ou d’émotions à transmettre.
Le terrain, la surface d’intervention, est une surface « disponible », utile et utilisable comme support de transmissions dynamiques. Créer un contexte, une enveloppe d’installations interactives, un environnement, une atmosphère. Le « visiteur » dispose d’une liberté qui détermine les limites du dispositif installé, cette liberté est également de mouvement. Barbara Holzer évoque une « stimmung » en mouvement, cette atmosphère, le terme stimmung n’a pas de traduction directe, oscillant entre humeur et ambiance, il définit alors cette notion floue d’un état du lieu qui n’a d’expression que par l’interaction établie entre l’objet et celui qui « se l’approprie », entre l’objet et l’histoire, propre à chacun, que véhicule celui qui le découvre, l’emploie ou, dans un espace-temps contrôlé, le capte. Le mouvement déclaré prend la forme inpalpable d’un aller-retour constant entre celui qui est regarde et celui qui est regardé, le dialogue est instauré et l’histoire peut se raconter. Car le processus est avant tout narratif, la portée et les notes ne peuvent s’écrire l’un sans l’autre, l’espace se décrit sur le support sans l’implication d’une logique de début et de fin. Une forme de panorama narratif. Entre traduction, interprétation ou décalage, les projets de scénographie induisent des cheminements. Fluides, sensoriels, poétiques, ils agissent sur le registre d’une interdépendance du visiteur et du visité, une relation intime s’établit et se prolonge au-delà du temps partagé. L’essentiel réside dans ce qu’il en reste, l’impression, l’image forte, ce dont on se souvient. La relation au souvenir est importante, c’est la relation au temps, à l’ensemble, à la culture de chacun dans sa capacité distincte à apprécier, à appréhender.
On comprend alors que la forme n’est pas l’objet, que l’inscription spatiale dépasse l’élément, que l’installation l’emporte sur le dessin de l‘outil…l’art contemporain supplante l’art décoratif, ce ne sont pas les objets « décorés » qui sont nécessaires à l’atmosphère mais les objets utilisés, « …on s’asseoit dessus, on travaille dessus, on en use, on les use, usés, on les remplace. »*, la représentation de l’espace habité par l’objet est plus importante que l’objet lui-même, ce qu’il donne à voir, ce qu’il donne à penser lest plus encore, la démonstration que le décor n’a de sens que s’il est l’émergence d’une pensée est faite.
Holzer-Kobler inscrivent leur travail dans la continuité d’une écriture, celui d’un « brain-script » en lien permanent avec l’évolution de la pensée et de la culture de leur temps, un travail muti-couches, dont l’épaisseur est sans cesse donnée par la multiplicité des expériences faites et proposées.

Philippe Meyer

* Le Corbusier_ « L’Art Décoratif aujourd’hui »