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TITLETITRE
CARACTERS N°CARACTÈRES N°
La question du logement est affaire de marché. En l’état actuel de celui-ci, le débat relatif à la production de la ville se cristallise sur l’objet architectural, sur son image controversée, pour se détourner sans cesse du fond culturel relevant des stratégies d’aménagement et d’occupation du territoire.
Les processus de planification, les scénarios de développement, la gestion de l’utilisation du sol, l’évolution des structures professionnelles, la multiplication des formes de vie devraient conduire à une reflexion globale sur l’ »état » culturel de la question en associant les différents acteurs de la production.
En prise directe avec les espoirs et les aspirations, les professionnels de l’immobilier se réfèrent à des valeurs culturelles symboliques pour démontrer la pertinence des arguments publicitaires mis au service de leurs promotions.
Récemment interrogés, des promoteurs immobiliers déclaraient l’architecture impropre à répondre à la demande, fustigeant ouvertement les architectes qui imposeraient dogmatisme et vision du monde.
Il est vrai que l’architecte n’a plus, comme l’utopiste du début du XXème siècle, à déterminer un mode de vie, un mode de comportement, mais, préoccupés par un héritage, par un patrimoine culturel à protéger et, à la fois, convaincus de l’efficacité sociale du projet moderne, les architectes revendiquent cependant la capacité à contrôler la fabrication et l’évolution des villes en engageant ainsi leur responsabilité culturelle.
L’architecture doit-elle, exclusivement, en se caricaturant, abandonner la construction profane aux professionnels de l’immobilier, pour se consacrer uniquement aux ouvrages les plus prestigieux de la commande publique ou privé ?
Il y aurait-il deux mondes, celui d’un architecte voué à l’expression d’un Art, et celui d’un autre, artisan sans fard du prêt-à -habiter ?
Dans une société où, éphémères, prêts à l’immédiate consommation, jetables, les constituants de notre environnement se virtualisent, l’habitat incarne encore, paradoxe ou contradiction, la pérennité, le désir et le devoir de durer.
Cette définition en fait un produit culturel au sujet duquel les notions de différence et de contextualité sont à défendre, tant il est vrai, que le paysage bâti que l’on nous propose (impose?), ne nous invite pas à faire l’économie de la mémoire.
On ne peut s’empêcher de penser que ce sont précisément les professionnels du logement qui observent le débat dans une perspective déformée ou détournée. Ce n’est certainement pas un hasard si les logements les plus recherchés le sont dans des structures réaffectées, revisitées du non-résidentiel.
On construit des produits obsolètes qui projettent une image attendue qui n’est pas la résultante d’un désir mais sa conséquence économique. C’est la nature même du produit qui transparaît ici, le produit implique la multiplication de l’identique et non la révélation d’une identité. C’est bien là que se situe la confusion des genres d’un débat dont la seule issue est culturelle. Le commerce de l’identité présumée que l’usager donnerait à son logement trouve sa manifestation dans l’approche arithmétique qui en est faite. Cette reproduction à l’identique est l’expression d’un pouvoir, celui d’un micro domaine imposant des modèles qui trouvent leur justification dans les succès-stories commerciaux qu’ils génèrent.
Or, seule la forme terminale de la demande est prise en compte, celle de la nécessité, de l’objet rare. Les réels besoins échappent à l’analyse, la famille nucléaire sert encore de référence. Pourtant dans un contexte marqué par une pluralité de pratiques sociales, par les diversités culturelles, cette famille « idéale » ne constitue plus la normalité mais l’une des normalités multi-formes.
De fait, le hiatus entre les acquis de la recherche théorique et la construction de logements impose un mode de vie conservateur aux couches de la population les moins nanties, reproduisant, dans une course vaine, des vertus dites bourgeoises.
Citant Jean Nouvel, « Il faut faire preuve d’un certain mépris pour proposer du faux-riche quand on ne se donne pas les moyens du vrai ».
Pour dépasser cette fatalité qui conduit à des logements individuels ou collectifs véhiculant la tristesse d’une condition, il est absolument indispensable de cesser de confondre, norme et qualité, règlements et règles, modèle et identité.
Il n’est plus temps de faire le procès historique des logements des années cinquante mais il est temps de dire stop et d’assumer une définition culturelle du construit.
Le but du travail de conception n’est pas de prendre ce que l’ acquis culturel de l’usager détermine.
Le logement ne peut se contenter de répondre aux besoins fondamentaux mais également offrir des espaces de liberté, permettre des modes d’occupation différents, faire du « confort » une composante récurante de son architecture. Il doit devenir support, éliminer progressivement la notion du fixe, projeter une scénographie interne, refléter une mobilité, autant d’éléments qui ne résultent pas d’une vision fonctionaliste mais font référence à de réelles valeurs esthétiques.
A une époque où le virtuel et le net transformant radicalement diffusion et consommation culturelle, la question du logement traduit une rupture qu’il est urgent de théoriser.

Philippe Meyer, âout 2004/ Le Temps

La question du logement est affaire de marché. En l’état actuel de celui-ci, le débat relatif à la production de la ville se cristallise sur l’objet architectural, sur son image controversée, pour se détourner sans cesse du fond culturel relevant des stratégies d’aménagement et d’occupation du territoire.
Les processus de planification, les scénarios de développement, la gestion de l’utilisation du sol, l’évolution des structures professionnelles, la multiplication des formes de vie devraient conduire à une reflexion globale sur l’ »état » culturel de la question en associant les différents acteurs de la production.
En prise directe avec les espoirs et les aspirations, les professionnels de l’immobilier se réfèrent à des valeurs culturelles symboliques pour démontrer la pertinence des arguments publicitaires mis au service de leurs promotions.
Récemment interrogés, des promoteurs immobiliers déclaraient l’architecture impropre à répondre à la demande, fustigeant ouvertement les architectes qui imposeraient dogmatisme et vision du monde.
Il est vrai que l’architecte n’a plus, comme l’utopiste du début du XXème siècle, à déterminer un mode de vie, un mode de comportement, mais, préoccupés par un héritage, par un patrimoine culturel à protéger et, à la fois, convaincus de l’efficacité sociale du projet moderne, les architectes revendiquent cependant la capacité à contrôler la fabrication et l’évolution des villes en engageant ainsi leur responsabilité culturelle.
L’architecture doit-elle, exclusivement, en se caricaturant, abandonner la construction profane aux professionnels de l’immobilier, pour se consacrer uniquement aux ouvrages les plus prestigieux de la commande publique ou privé ?
Il y aurait-il deux mondes, celui d’un architecte voué à l’expression d’un Art, et celui d’un autre, artisan sans fard du prêt-à -habiter ?
Dans une société où, éphémères, prêts à l’immédiate consommation, jetables, les constituants de notre environnement se virtualisent, l’habitat incarne encore, paradoxe ou contradiction, la pérennité, le désir et le devoir de durer.
Cette définition en fait un produit culturel au sujet duquel les notions de différence et de contextualité sont à défendre, tant il est vrai, que le paysage bâti que l’on nous propose (impose?), ne nous invite pas à faire l’économie de la mémoire.
On ne peut s’empêcher de penser que ce sont précisément les professionnels du logement qui observent le débat dans une perspective déformée ou détournée. Ce n’est certainement pas un hasard si les logements les plus recherchés le sont dans des structures réaffectées, revisitées du non-résidentiel.
On construit des produits obsolètes qui projettent une image attendue qui n’est pas la résultante d’un désir mais sa conséquence économique. C’est la nature même du produit qui transparaît ici, le produit implique la multiplication de l’identique et non la révélation d’une identité. C’est bien là que se situe la confusion des genres d’un débat dont la seule issue est culturelle. Le commerce de l’identité présumée que l’usager donnerait à son logement trouve sa manifestation dans l’approche arithmétique qui en est faite. Cette reproduction à l’identique est l’expression d’un pouvoir, celui d’un micro domaine imposant des modèles qui trouvent leur justification dans les succès-stories commerciaux qu’ils génèrent.
Or, seule la forme terminale de la demande est prise en compte, celle de la nécessité, de l’objet rare. Les réels besoins échappent à l’analyse, la famille nucléaire sert encore de référence. Pourtant dans un contexte marqué par une pluralité de pratiques sociales, par les diversités culturelles, cette famille « idéale » ne constitue plus la normalité mais l’une des normalités multi-formes.
De fait, le hiatus entre les acquis de la recherche théorique et la construction de logements impose un mode de vie conservateur aux couches de la population les moins nanties, reproduisant, dans une course vaine, des vertus dites bourgeoises.
Citant Jean Nouvel, « Il faut faire preuve d’un certain mépris pour proposer du faux-riche quand on ne se donne pas les moyens du vrai ».
Pour dépasser cette fatalité qui conduit à des logements individuels ou collectifs véhiculant la tristesse d’une condition, il est absolument indispensable de cesser de confondre, norme et qualité, règlements et règles, modèle et identité.
Il n’est plus temps de faire le procès historique des logements des années cinquante mais il est temps de dire stop et d’assumer une définition culturelle du construit.
Le but du travail de conception n’est pas de prendre ce que l’ acquis culturel de l’usager détermine.
Le logement ne peut se contenter de répondre aux besoins fondamentaux mais également offrir des espaces de liberté, permettre des modes d’occupation différents, faire du « confort » une composante récurante de son architecture. Il doit devenir support, éliminer progressivement la notion du fixe, projeter une scénographie interne, refléter une mobilité, autant d’éléments qui ne résultent pas d’une vision fonctionaliste mais font référence à de réelles valeurs esthétiques.
A une époque où le virtuel et le net transformant radicalement diffusion et consommation culturelle, la question du logement traduit une rupture qu’il est urgent de théoriser.

Philippe Meyer, âout 2004/ Le Temps