DATE
TITLETITRE
TYPE
20190815104218280
09_CHV
TRANSPARENCE ET MATÉRIALITÉ
De béton et de verre, cette maison s'articule autour d'un patio central dans un jeu sans cesse renouvelé de transparence et d'opacité

Située dans un quartier résidentiel à Vésenaz, cette construction s'inscrit dans un projet de deux villas mitoyennes sises sur une parcelle globale de 2700 m°. Mandaté par un promoteur, l'architecte Philippe Meyer a bâti deux maisons totalement individuelles juxtaposées; leur mitoyenneté tient uniquement par les garages joints, dont les toitures végétalisées offrent à la vue un supplément de paysage naturel et individualisent chacune des deux villas.
Cette réalisation est révélatrice des arguments qui sous-tendent les projets de Philippe Meyer: le jeu de transparence et d’opacité, la vibration sur la matière, la recherche plastique ou encore l'attachement au détail. Elle témoigne aussi de l'intimité de la relation qu'il tisse entre l’intérieur et l'extérieur et qu’il résume ainsi: «L'extérieur est un autre intérieur»

AUTOUR D'UN PATIO CENTRAL
La maison présentée ici offre une surface habitable de près de 400 m°. Obéissant au principe d’une architecture de système, chère à l’architecte, elle est constituée par l'agrégation d’une trame carrée de 6 mètres de côté qui s'exprime dans les trois dimensions. L’addition de ses deux étages visibles fait également 6 mètres, en hauteur. L'un des éléments de cette trame est vide et aménage un patio central depuis le fond du sous-sol. La maison s’enroule autour de ce patio et la circulation s'opère via le corridor qui le longe et qui bénéficie ainsi de toute la lumière naturelle. Les fenêtres qui donnent sur le patio sont en bois. La lumière entre par un élément fixe en verre mais l’aération s'opère par un élément mobile en bois. L'accès à la villa se fait au nord-est, côté rue. La façade laisse découvrir un vide sous l'édifice, qui offre un vaste couvert à l'entrée de la maison. Ce hall extérieur est clos par un ouvrage à claire-voie de 3 mètres de haut, dont chaque élément en aluminium pivote sur lui-même et permet de jouer sur le degré de transparence ou d’opacité. Ainsi depuis l’extérieur on peut voir ou entrapercevoir le séjour disposé au sud-ouest. Au rez-de-chaussée, le premier élément de la trame carrée de 6x6 mètres contient l'entrée qui abrite un vestiaire, les toilettes des invités et l'escalier qui lie les différents niveaux. Cet escalier se compose d’un limon central en béton supportant des marches en noyer massif. Son garde-corps est constitué de lames d’inox toute hauteur disposées à intervalles irréguliers. Les jeux de transparence se développent à la verticale comme à l'horizontale, les arrière-plans restent perceptibles au regard. On pénètre ensuite dans la cuisine, qui donne partiellement
sur le patio. Elle est réalisée en inox, avec un flot central (Arclinea). Dans son prolongement, la salle à manger occupe un angle entièrement vitré. Le séjour, situé entre patio et piscine, bénéficie d’une double orientation et reçoit en permanence la lumière naturelle. Tous les vitrages sont montés sur des profils en aluminium de 3,8 cm (Panoramah) et coulissent des deux côtés.
L’escalier conduit à un hall d'étage qui donne accès à une première chambre communiquant avec la terrasse. Cette dernière couvre la salle à manger et la moitié du séjour. Transparence oblige, elle est protégée par un garde-corps vitré qui permet une vue croisée vers l'entrée. Encastrés dans un sabot revêtu d'aluminium — comme les profils des vitrages du rez-de-chaussée — ces garde-corps sont d’une grande pureté et d’une totale discrétion. Le corridor qui longe le patio distribue une chambre ouvrant côté rue et donne accès à une suite qui accueille un bureau au nord-est, puis deux salles de bains et dressing et la chambre principale, placée en porte à faux sur le deck qui borde la piscine. Depuis cette chambre se dévoilent deux axes. L'un, intime, dirigé via une porte pivotante vers les salles de bains; l’autre, permettant de rejoindre le corridor, prend la forme d’une porte qui révèle, en coulissant, une bibliothèque. Du corridor, on rejoint la terrasse. L'intimité de la chambre reste toujours préservée grâce au voile du porte-à-faux. Ce dernier offre par ailleurs un couvert bienvenu à la terrasse du rez-de-chaussée en été. Le rez inférieur abrite des chambres d'ami, une salle de projection, un vaste espace dressing conçu comme une succession de coffres, des espaces de jeu et de services. Il est éclairé par le patio et par la lumière renvoyée par la surface-miroir du bassin qui en compose le fond.

L'ESPRIT DE LA MATIÈRE
La maison est construite majoritairement en béton préfabriqué et assemblé sur place. Deux types de béton se superposent. Au rez-de-chaussée, le béton gris, sablé au démoulage, a valeur de socle. Il a été coulé dans un coffrage métallique et la dureté de son apparence fait écho à celle du verre des murs. A l'étage, le béton est blanc. Ici, on a utilisé un coffrage en bois qui a déposé une empreinte plus douce, en accord avec l'intimité des espaces de nuit. Pour le fond du patio, c’est un béton structuré qui a été fabriqué. Pour obtenir ce résultat, des fers à béton ont été disposés dans le coffrage puis arrachés aléatoirement au démoulage. Le jeu de vides et de pleins qui en résulte génère une vibration de la lumière sur la matière. Le mur s'apparente à un décor placé derrière la scène du miroir d’eau disposé à ses pieds.


Evelyne Malod-Dognin


TRANSPARENCE ET MATÉRIALITÉ
De béton et de verre, cette maison s'articule autour d'un patio central dans un jeu sans cesse renouvelé de transparence et d'opacité

Située dans un quartier résidentiel à Vésenaz, cette construction s'inscrit dans un projet de deux villas mitoyennes sises sur une parcelle globale de 2700 m°. Mandaté par un promoteur, l'architecte Philippe Meyer a bâti deux maisons totalement individuelles juxtaposées; leur mitoyenneté tient uniquement par les garages joints, dont les toitures végétalisées offrent à la vue un supplément de paysage naturel et individualisent chacune des deux villas.
Cette réalisation est révélatrice des arguments qui sous-tendent les projets de Philippe Meyer: le jeu de transparence et d’opacité, la vibration sur la matière, la recherche plastique ou encore l'attachement au détail. Elle témoigne aussi de l'intimité de la relation qu'il tisse entre l’intérieur et l'extérieur et qu’il résume ainsi: «L'extérieur est un autre intérieur»

AUTOUR D'UN PATIO CENTRAL
La maison présentée ici offre une surface habitable de près de 400 m°. Obéissant au principe d’une architecture de système, chère à l’architecte, elle est constituée par l'agrégation d’une trame carrée de 6 mètres de côté qui s'exprime dans les trois dimensions. L’addition de ses deux étages visibles fait également 6 mètres, en hauteur. L'un des éléments de cette trame est vide et aménage un patio central depuis le fond du sous-sol. La maison s’enroule autour de ce patio et la circulation s'opère via le corridor qui le longe et qui bénéficie ainsi de toute la lumière naturelle. Les fenêtres qui donnent sur le patio sont en bois. La lumière entre par un élément fixe en verre mais l’aération s'opère par un élément mobile en bois. L'accès à la villa se fait au nord-est, côté rue. La façade laisse découvrir un vide sous l'édifice, qui offre un vaste couvert à l'entrée de la maison. Ce hall extérieur est clos par un ouvrage à claire-voie de 3 mètres de haut, dont chaque élément en aluminium pivote sur lui-même et permet de jouer sur le degré de transparence ou d’opacité. Ainsi depuis l’extérieur on peut voir ou entrapercevoir le séjour disposé au sud-ouest. Au rez-de-chaussée, le premier élément de la trame carrée de 6x6 mètres contient l'entrée qui abrite un vestiaire, les toilettes des invités et l'escalier qui lie les différents niveaux. Cet escalier se compose d’un limon central en béton supportant des marches en noyer massif. Son garde-corps est constitué de lames d’inox toute hauteur disposées à intervalles irréguliers. Les jeux de transparence se développent à la verticale comme à l'horizontale, les arrière-plans restent perceptibles au regard. On pénètre ensuite dans la cuisine, qui donne partiellement
sur le patio. Elle est réalisée en inox, avec un flot central (Arclinea). Dans son prolongement, la salle à manger occupe un angle entièrement vitré. Le séjour, situé entre patio et piscine, bénéficie d’une double orientation et reçoit en permanence la lumière naturelle. Tous les vitrages sont montés sur des profils en aluminium de 3,8 cm (Panoramah) et coulissent des deux côtés.
L’escalier conduit à un hall d'étage qui donne accès à une première chambre communiquant avec la terrasse. Cette dernière couvre la salle à manger et la moitié du séjour. Transparence oblige, elle est protégée par un garde-corps vitré qui permet une vue croisée vers l'entrée. Encastrés dans un sabot revêtu d'aluminium — comme les profils des vitrages du rez-de-chaussée — ces garde-corps sont d’une grande pureté et d’une totale discrétion. Le corridor qui longe le patio distribue une chambre ouvrant côté rue et donne accès à une suite qui accueille un bureau au nord-est, puis deux salles de bains et dressing et la chambre principale, placée en porte à faux sur le deck qui borde la piscine. Depuis cette chambre se dévoilent deux axes. L'un, intime, dirigé via une porte pivotante vers les salles de bains; l’autre, permettant de rejoindre le corridor, prend la forme d’une porte qui révèle, en coulissant, une bibliothèque. Du corridor, on rejoint la terrasse. L'intimité de la chambre reste toujours préservée grâce au voile du porte-à-faux. Ce dernier offre par ailleurs un couvert bienvenu à la terrasse du rez-de-chaussée en été. Le rez inférieur abrite des chambres d'ami, une salle de projection, un vaste espace dressing conçu comme une succession de coffres, des espaces de jeu et de services. Il est éclairé par le patio et par la lumière renvoyée par la surface-miroir du bassin qui en compose le fond.

L'ESPRIT DE LA MATIÈRE
La maison est construite majoritairement en béton préfabriqué et assemblé sur place. Deux types de béton se superposent. Au rez-de-chaussée, le béton gris, sablé au démoulage, a valeur de socle. Il a été coulé dans un coffrage métallique et la dureté de son apparence fait écho à celle du verre des murs. A l'étage, le béton est blanc. Ici, on a utilisé un coffrage en bois qui a déposé une empreinte plus douce, en accord avec l'intimité des espaces de nuit. Pour le fond du patio, c’est un béton structuré qui a été fabriqué. Pour obtenir ce résultat, des fers à béton ont été disposés dans le coffrage puis arrachés aléatoirement au démoulage. Le jeu de vides et de pleins qui en résulte génère une vibration de la lumière sur la matière. Le mur s'apparente à un décor placé derrière la scène du miroir d’eau disposé à ses pieds.


Evelyne Malod-Dognin