DATE
TITLETITRE
TYPE
villaqdc175_01-z
1_QDC
MODERN, NECESSARILY MODERN...

“The way to be right in the future is knowing at some point to be modest enough to be unfashionable.”1

In a time where to be “anti-modern” seems to be a trendy posture, the residential architecture of Philippe Meyer is anchored in trust and freedom on the legacy of modernity. A
modernity that agitated on a global scale the language of architecture by anticipating the social and technological changes that the twentieth century would soon experience.In
this way, one of the great ruptures the modern movement may have caused in the architecture of the past , namely to place “the house” and consequently housing at the
centre of architectural consideration. In this context, it is necessary to remember the small book by Le Corbusier, Une maison – un palais written in 1928, which placed on the
same level the competition project for the League of Nations in Geneva in 1927 and the Cabanon, in fact a simple shed, erected close to Arcachon Bay.
At the beginning of the third millennium, we can consider that modernity has become a new classicism over the years and Switzerland, which has contributed to its success on
a large scale, is perhaps its ideal place of preservation today. In this way, it is a reinterpretation of modern movement codes that invites us without hesitation to the
architecture of Philippe Meyer houses. And especially to the last of his conquests, not the E-1027,but the QDC 175.
Actually, far from imitating fashionable effects and useless gestures, this house addresses essential matters for any project with all its classic simplicity and the rationality of
its plan and section, the essential aspect of every project. Furthermore, its expression, heightened by its neutral functionalism, reveals an intention that we know from the
icons of modernism: reducing the constitutive elements to produce an envelope, a type of building, that is recognised as universal. In this case, the projectʼs reference to the
territory is notable. The architectural form and the endlessly elongated side-terraces pick up on the relentless horizontality of the lake. Then there is the landscape with its
three equally horizontal lines: the water surface, the mountain profile and the sky that enhances the design of the window grid. The lake and its lights allow one to play with the
architectureʼs reflections and transparencies. Moreover, the fact that the building does not deny its references allows us to recall the Farnsworth House and the Villa Tugendhat
by Mies van der Rohe. Louis Kahn and his theory of distinction between Servant and Served spaces, and also Le Corbusier are evident – for instance the famous “little house”
known as the Villa Le Lac in Vevey. The great sense of detail is also striking, as transcended in the sophisticated confrontation between materials and colours, ending in a kind
of aesthetic of disappearance, even abstraction, which in turn recalls references to Japanese architecture, or the painting of Hans Hartung and Pierre Soulanges. To conclude,
I would like to quote from a book by Benoit Goetz, Theorie des maisons, since when reading his texts, one realises that the architecture of the house is not a problem of look
or form, but of the suitability of form, space and use: “If we expect to know how to build, first we should seek to inhabit. What happens, what occurs through the solid
structures that contain us? Thus I call a ʻhouseʼ a way of being in a space or, speaking phenomenologically, a way for the existence to configure a world.”
Cité Radieuse, Marseille, March 2017

Jacques Sbriglio

MODERNE, FORCEMENT MODERNE..

« Le moyen d’avoir raison dans l’avenir est, à certaines heures, de savoir se résigner à être démodé ».1

En un moment où s’affirmer « antimoderne » semble être une véritable posture de mode, l’architecture des maisons de Philippe Meyer s’ancre a contrario en toute confiance et en toute liberté, dans l’héritage de la modernité. Une modernité qui aura bouleversé à l’échelle mondiale le langage de l’architecture en anticipant les mutations technologiques et sociales que le XXe siècle n’allait pas tarder à connaître. Ainsi une des grandes ruptures que le Mouvement Moderne aura provoquée avec l’architecture du passé, aura été de déplacer le curseur de telle manière que « la maison », et par voie de conséquence le logement, soit désormais placée au centre de questions de l’architecture. Est-il nécessaire de rappeler à ce propos ce petit livre de Le Corbusier, « Une maison – un palais » écrit en 1928 et dont la couverture mettait en exergue et sur un même plan, le projet pour le concours de la Société des Nations à Genève en 1927 et une petite maison – en fait un simple cabanon – érigée au bord du bassin d’Arcachon.
En ce début de troisième millénaire, on peut considérer que cette modernité est devenue au fil du temps, un nouveau classicisme et que la Suisse, qui a grandement contribué à son émancipation, représente peut être aujourd’hui son conservatoire idéal. C’est ainsi à une relecture des codes du Mouvement moderne que nous invite sans hésitation, l’architecture des maisons de Philippe Meyer. Et plus particulièrement la dernière de ses réalisations, non pas la E-1027, mais la 175 QDC. Hors de tout effet de mode, de toute gesticulation inutile, cette maison décline dans sa simplicité classique, dans la rationalité de son plan et de sa coupe, les questions essentielles que pose tout projet. Par ailleurs, l’expression exacerbée de sa fonctionnalité neutre illustre une intention souvent rendue familière par les icônes du Mouvement moderne, à savoir, obtenir par réduction des éléments constitutifs, une enveloppe, un type d’édifice reconnu désormais comme universel.
Il convient donc de noter ici, à propos de l’architecture de cette maison, d’abord son rapport au territoire. Ici le lac avec son horizontalité implacable à laquelle répond en écho celle de la forme de cette maison et de ses terrasses latérales qui sans cesse l’étirent . Ensuite, le paysage avec sa découpe en trois bandes là aussi horizontales la surface de l’eau, le profil des montagnes, le ciel, que vient magnifiquement mettre au carreau le dessin des menuiseries. Le lac et ses lumières comme autant de possibilités de jeu avec l’architecture de cette maison entre reflets et transparences.
Ensuite, le fait que l’architecture de cette maison ne masque pas ses références. On peut lire celles-ci à la fois du côté de la maison Farnsworth et de la Tuggendhat de Mies, mais aussi du côté de Kahn et de sa théorie entre espaces servants et espaces servis et enfin de celui de Le Corbusier en gardant en mémoire, la célèbre petite maison du lac à Vevey. À noter également un grand sens du détail mais une mise en oeuvre du détail transcendée par la confrontation savante des matières et des couleurs aboutissant à une sorte d’esthétique de la disparition, voire de l’abstraction qui n’est pas sans faire référence à l’architecture japonaise ou à la peinture d’un Hartung, voire d’un Soulages. Mais je voudrais conclure en citant Benoît Goetz qui dans son ouvrage, « Théorie des maisons », à la lecture duquel on s’aperçoit que l’architecture de la maison n’est ni un problème de look, ni un problème de forme, mais effectivement un problème d’adéquation entre forme, espace et usage et à propos duquel il écrit : « Si l’on veut espérer savoir construire, il faut d’abord se mettre en quête de l’habiter. Qu’est-ce qui se passe, qu’est ce qui se passe à travers les structures solides qui nous contiennent ?... J’appelle donc ici « maison » une manièred’être à l’espace, ou, pour parler comme les phénoménologues, une manière pour l’être-là de configurer un monde ».
Cité Radieuse, Marseille, mars 2017

Jacques Sbriglio